Gagny : Mamias vous sonne les cloches depuis 90 ans

Gagny : Mamias vous sonne les cloches depuis 90 ans

Stephane Pajot, directeur de Mamias, pose devant l’évolution des boîtiers qui ont servi à l’électrification des sonneries de cloches d’église. Photo Le Parisien

Ce son, tout le monde le connaît. Il rythme la vie des Français depuis des centaines d’années. Certaines cloches des églises des 36 000 communes sonnent toutes les heures, voire toutes les demi-heures et même tous les quarts d’heure pour les plus assidues ! Or, depuis le milieu du XX ème siècle environ, ce n’est plus le bedeau qui se charge de cette tâche mais Mamias, une entreprise installée à Gagny (Seine-Saint-Denis). C’est elle qui s’occupe de l’électrification du système de sonnerie de cloche.
Emile Mamias, le fondateur de la société éponyme, peut se targuer d’une performance peu commune : il a inventé un métier. Mieux, jusqu’au début des années 2 000, son job ne portait même pas de nom et le fondateur est mort avant de voir son activité entrer dans le dictionnaire. Sans le savoir donc, Emile Mamias était campaniste.
Sa société est née en 1927 suite à une demande du curé de Gagny, sa ville de résidence, qui cherchait à assurer les sonneries de ses cloches de manière automatique. Emile Mamias, ingénieur de formation, mit au point le premier moteur de volée électromécanique. Avec plusieurs milliers de communes en France, le jeune créateur d’entreprise y vit là un formidable filon qui lui permit, une fois son système breveté, de se développer rapidement et d’électrifier les sonneries des plus grandes églises : après Notre-Dame à Paris, la société s’est ainsi occupée de quasiment toutes les cathédrales de France comme Chartres, Reims... Il suivit la colonisation et travailla ainsi à Hanoï et au Liban. Par extension, la société se spécialisa aussi dans l’horlogerie d’édifice.

« Au plus fort de son activité, l’entreprise comptait 90 personnes, détaille Stéphane Pajot, le directeur. Au total, elle a électrifié une église sur deux en France ». Dans les années 60, après le décès du fondateur, l’entreprise est rachetée par un de ses clients, Biard-Roy, fabricant d’horloge mécanique, mais le nom Mamias, gage de fiabilité et de notoriété, est conservé.
A la fin du siècle l’activité décline et la société cherche à se diversifier même si l’entretien des systèmes reste son activité principale (60%). Elle se lance donc dans le paratonnerre, le chauffage et la sonorisation d’église (40%). « En moyenne nous faisons un millier de visites d’entretien des moteurs de cloches par an », souligne Stéphane Pajot. Et il en faut pas mal, des visites, car chacune d’entre elles ne rapporte que 150 €.

Alors, la société mise aussi sur son savoir-faire pour sortir du monde religieux. « Nous avons ainsi installé 20 cloches en carillon dans le domaine de château Angelus (NDLR : un des domaines vinicoles bordelais les plus prestigieux dont la cloche est devenu l’emblème), s’enthousiasme le directeur de Mamias. On a aussi restauré l’horloge industrielle qui orne l’intérieur de la Cité du cinéma à Saint-Denis ou encore refaite celle qui trône au musée de l’Air du Bourget à partir de photos d’archives ». Mamias n’électrifie plus qu’une ou deux églises par an, ce qui explique qu’elle n’emploie plus aujourd’hui qu’une douzaine de salariés. Elle compte néanmoins sur la technologie comme son nouveau boîtier de commande qu’elle commercialise depuis 3 ans pour maintenir son activité .

Quand la technologie entre à l’église

Voici le dernier-né des boîtiers de commande de la société Mamias, chargé de faire entrer les églises dans le XXIème siècle. Ce petit bijou d’électronique, vendu 1 000 €, est composé d’une carte mère d’ordinateur et d’un écran tactile. « Sa toute première fonction est de régler l’heure de l’horloge, précise Stéphane Pajot. Grâce à un signal GPS, il s’adapte au changement d’heure sans aucune intervention humaine ».
Sa 2ème fonction consiste en la programmation des sonneries des cloches. Comme un réveil, faut juste entrer le jour et l’heure. C’est ainsi qu’il suffit de programmer une fois le calendrier liturgique (Pâques, Noël...) afin que le boîtier le garde en mémoire sur plusieurs années. Là encore, aucune intervention humaine n’est nécessaire. Dans ce cadre, il est possible d’enregistrer différents sons de cloche. Il en existe deux : à la volée (messe, mariage, enterrement...), lorsque la cloche se balance et que le battant vient la frapper ou par tintement (heure, Angelus, tocsin, glas) lorsque des marteaux, situés à l’extérieur, viennent frapper la cloche.
Enfin, et c’est aussi la grande nouveauté par rapport aux systèmes précédents, il est possible de contrôler le chauffage de l’édifice, pour que l’église soit chauffée une heure avant par exemple. Et s’il existe une connexion internet, il est possible d’effectuer toutes ces procédures à distance. Bienevenue dans l’église 3.0.

« On participe à l’entretien du patrimoine »

Thierry Bardin sait tout faire. Ou presque. Technicien, commercial... et alpiniste, il occupe tous les postes. A 53 ans, il en a déjà passé 35 chez Mamias. Le quinquagénaire est entré comme monteur de mécanisme et maintenant, il assure la maintenance des systèmes et il vend sa marque. « C’est ce qui me plaît dans mon job. On cumule plein de métiers différents : charpentier, maçon, électricien et aujourd’hui un peu informaticien aussi. Et surtout, il ne faut pas avoir le vertige ».
Le plus dur ? « Les marches assurément. Il n’existe pas d’ascenseur dans les églises. En plus, c’est souvent étroit et pas toujours bien entretenu, notamment à cause des fientes de pigeons, vu que personne ne monte dans les campaniles... sauf moi ». Ainsi, à Notre-Dame, quand il a refait l’électrification dans les années 80, il était amené à grimper 360 marches pour accéder aux cloches. C’est aussi sa seconde source de fierté. « On travaille sur des édifices prestigieux et on accède à des endroits que peu de gens connaissent. Et puis on participe aussi à l’entretien du patrimoine. S’il y a des problèmes de fissures dans les bâtiments, on fait remonter l’information».
Mais tout n’est pas rose pour autant et la relève tarde à se montrer. « Il faut entre deux et cinq ans pour former un gars à tous les métiers que gère un campaniste. Mais malheureusement, les jeunes ne restent pas. Entre les déplacements continuels dans le pays et les conditions de travail parfois rudes, notamment en hiver, beaucoup craquent ».

Source: Le Parisien

Avril 2017